John Malkovich, « un nom qui croustille »

à la UneJohn Malkovich, « un nom qui croustille »
« Monsieur Malkovich avait annoncé qu’il viendrait. Son absence en décevra plus d’un », plaisante la présidente de la 17e chambre, Fabienne Siredey-Garnier, à l’ouverture de ce procès pour diffamation le vendredi 1er juillet 2016 à Paris.
John Malkovich, « un acteur intellectuel, pas un acteur bling-bling. On ne connaît rien de sa vie privée. Il n’expose pas sa situation financière », dit son avocate. Le 10 février 2015, son nom se retrouvait pourtant en tête du « Gotha des évadés fiscaux » dans le journal Le Monde. Lire la suite « John Malkovich, « un nom qui croustille » »

« Un juge qu’on pouvait acheter »

à la Une« Un juge qu’on pouvait acheter »
Sur le banc des prévenus, un juge « banni de la justice ». Il comparaît début juin 2016 devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic d’influence.
Une poignée d’entrepreneurs qui grenouillaient autour de lui dix ans plus tôt dans le Pas-de-Calais comparaissent à ses côtés comme intermédiaires ou bénéficiaires supposés.
Dès les premières minutes du procès, l’un d’eux plante le décors par un lapsus à l’accent du nord : « On était convoqués chez le chti. Pardon ! Chez le psy »…

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« Un chef ne va pas à un braquage »

à la Une« Un chef ne va pas à un braquage »
C’est un court-métrage en noir et blanc,  muet : sur l’écran TV de la salle des assises du palais de justice de Paris apparaît l’intérieur blanc d’une bijouterie. Étincelante comme un studio de télévision, paisible comme un après-midi dans le 16e arrondissement.
La cour et les jurés observent sur l’écran un client qui reluque une montre puis s’en va. Deux employés qui s’affairent. Brusquement ils se tournent vers l’entrée de la bijouterie, se figent, pris de stupeur : quatre hommes sont en train d’enfoncer la porte. Ils ont un casque sur la tête.
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« A-t-elle été humiliée ou violée ? »

à la Une« A-t-elle été humiliée ou violée ? »

Le 5 décembre 2008 une jeune femme de 26 ans, Amélie, se présente à la brigade des mineurs de Paris. Elle vient porter plainte contre deux hommes, Guido et Romain. Elle les accuse de l’avoir violée neuf ans plus tôt, dans la soirée du 19 novembre 1999, à Paris dans le studio de Guido. Elle avait 17 ans et eux à peine 20. Lire la suite « « A-t-elle été humiliée ou violée ? » »

Au procès des Anonymous : « le prochain Jean Moulin sera un geek »

à la UneAu procès des Anonymous : « le prochain Jean Moulin sera un geek »

Trois ex-Anonymous âgés de 22, 25 et 26 ans comparaissaient le 23 février 2016 devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir piraté des sites Internet gouvernementaux et mis en ligne les données personnelles de 541 fonctionnaires de police.

Ils sont tout endimanchés, ces fameux hackers aux visages jusqu’alors inconnus, Quentin, Florent et Lucas, alignés ensemble devant le tribunal correctionnel pour répondre des faits de piratage informatique et de divulgation d’informations personnelles en février 2012. Sunki, Robert69 et Calin – leurs pseudonymes à l’époque – étaient âgés de 19, 22 et 23 ans et se réclamaient des Anonymous, communauté de hackers plus ou moins actifs selon leur engagement et leurs compétences. « Vous allez entendre parler de nos amis policiers », tweetait Calin. Mais ce sont eux qui ont eu affaire à la DCRI, puis à la justice qui leur reproche aujourd’hui d’avoir piraté le site du syndicat SGP Police FO, extrait et mis en ligne les noms, prénoms, numéros de téléphone, adresses email de 541 fonctionnaires de police, et d’avoir « défiguré » les pages d’accueil des sites immigration.gouv.fr, modernisation.gouv.fr et rgpp.modernisation.gouv.fr consacré à la diminution des dépenses de l’Etat.

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« On essaie de nous faire croire qu’il y a eu mise au placard »

à la Une« On essaie de nous faire croire qu’il y a eu mise au placard »

Conseil des prud’hommes de Paris, section Commerce

Flore a été licenciée des Galeries Lafayette après un congé maladie pour dépression. Petite femme approchant la quarantaine, elle paraît impressionnée par le conseil des prud’hommes.
S’est-elle sentie délaissée puis isolée après le départ de son chef, comme elle le dit ? Ou bien a-t-elle cherché une porte de sortie après de trop longues années au service de l’enseigne ? Les conseillers devront choisir pour lui accorder ou non la résiliation judiciaire de son contrat de travail aux torts de l’employeur avec, à la clef, 48 000 euros de dommages et intérêts.

Elle a seulement 18 ans quand elle rentre aux Galeries en 1996 comme vendeuse. Elle est heureuse de trouver une place. Lire la suite « « On essaie de nous faire croire qu’il y a eu mise au placard » »

Au procès du couple dépeceur, « un tourbillon de cauchemars »

à la UneAu procès du couple dépeceur, « un tourbillon de cauchemars »

Le procès d’un couple chinois, accusé d’avoir tué et dépecé les parents d’un nourrisson dont ils avaient la garde et qui est décédé accidentellement, s’est conclu le 22 janvier dernier par la condamnation de la nounou à 20 ans de réclusion criminelle et l’acquittement de son conjoint.

Le jeune couple de trentenaires chinois qui comparaît aujourd’hui devant la Cour d’assises de Paris semble bien assorti, lui avec son cardigan marron glacé et ses fines lunettes rectangulaires, elle avec ses cheveux bien lissés et sa veste de tailleur, tous deux avec cet air sérieux. Mais, immobiles dans le box, Te (le mari) et Hui (la femme) n’échangent pas un mot. La stupeur ne les quitte plus depuis la nuit du 23 mai 2012 lorsque, selon leurs dépositions, Hui se saisit d’une hachette et tue dans son propre appartement les deux parents d’un enfant dont elle avait la garde. Lire la suite « Au procès du couple dépeceur, « un tourbillon de cauchemars » »

« Je suis la 2e victime de Zénon »

à la Une« Je suis la 2e victime de Zénon »

Le 15 janvier 2016, la Cour d’assises de Paris acquittait Téodor du meurtre d’un SDF, Witek, commis il y a 15 ans au sein d’une communauté polonaise alors en proie à la violence. Le parquet général n’a pas formé appel.

« Je suis catholique : je ne prendrais jamais la vie de quelqu’un. Ce n’est pas moi ».

Ce sont les derniers mots de Téodor avant son acquittement par la Cour d’assises de Paris le 15 janvier 2016. Son histoire est celle d’un ex-boxeur polonais qui lutte depuis son arrivée en France en 1999 à l’âge de 31 ans pour ne pas être aspiré par la violence et la marginalité.

Il y est presque parvenu. Il a travaillé dur comme maçon et rencontré une française, Chantal, avec laquelle il vit sans jamais parler de ses années de galère. L’avocate générale Annie Grenier le concède : « L’homme que vous jugez aujourd’hui n’a rien à voir avec celui de 2000. » Avec son beau-frère Patrick, il entreprend même de retaper la maison de campagne familiale. Lire la suite « « Je suis la 2e victime de Zénon » »

« Elle était considérée comme un membre de la famille »

à la Une« Elle était considérée comme un membre de la famille »

Conseil des prud’hommes de Paris, section commerce

Stéphanie vient réclamer le paiement de ses heures supplémentaires pour un montant de 8 245,85 euros. La jeune femme était employée comme esthéticienne à la Boutique de Katia, petit salon de beauté au coeur du quartier Bastille.

Travailler chez Katia, c’est un peu entrer dans une famille. La grand-mère a donné son prénom à l’enseigne. Sa fille et sa petite-fille gèrent cet institut au décor soigné, à l’accueil chaleureux, au planning bien rempli et où l’on ne compte pas ses heures de travail.

Mais quand les relations avec ses patronnes se dégradent, Stéphanie fait les comptes : une à trois heures supplémentaires par jour pour préparer ou ranger la boutique pendant les 21 mois de son CDI feraient 445 heures non payées.

Pour preuve, elle produit 66 pages de planning surchargées, capturées à la volée sur Iphone, et 15 textos envoyés par l’employeur annonçant qu’il est en retard. En réponse, les messages de Stéphanie, déjà sur place : « Tout va bien, tout est en ordre » Il est entre 9:30 et 9:40. La boutique ouvre à 10 h.

« Et pourtant, toutes ces heures sup’ disponibles, on ne les retrouve jamais sur la fiche de paie », s’indigne Me Haddad qui assène le coup de grâce avec l’attestation d’une autre salariée se disant également lésée.

En face, pas de planning, pas d’agenda, pas de décompte. Me Journeau, le conseil de la maison Katia, joue la confiance trahie :

« Madame a attendu la date anniversaire de la rupture conventionnelle pour saisir. Il y a eu des primes. Elle était considérée comme un membre de la famille. Maintenant on retourne la situation (…) C’est à elle de fournir les heures travaillées et non l’inverse. »

En instillant le doute sur le volume d’heures, la défense espère diminuer le montant des impayés ou même, pourquoi pas, faire condamner Stéphanie à 5 000 euros de dommages et intérêts pour procédure abusive.

@PierreAnquetin

« Marionnaud m’a ruinée »

à la Une« Marionnaud m’a ruinée »

Conseil des prud’hommes de Paris, section Commerce

Décidément, l’histoire de Camila ne plaît guère au président de cette audience de la section Commerce du Conseil des prud’hommes de Paris. Voilà devant lui une vendeuse des magasins Marionnaud, suspectée en 2009 d’avoir volé pour 15 000 euros de parfums. Condamnée en première instance au tribunal correctionnel, Camila est relaxée par la Cour d’appel en 2013.

En arrêt de travail pour dépression depuis l’enquête, elle demande aujourd’hui la résiliation judiciaire de son CDI, aux torts de l’employeur, et 112 000 euros d’indemnités de licenciement et des dommages et intérêts pour préjudice moral, préjudice de santé, préjudice professionnel, préjudice financier…

Camila ne saurait être à nouveau jugée sur l’affaire du vol mais pour le président, la relaxe, elle ne passe pas :

Le président : Elle est juste relaxée ?
L’avocat, embarrassé : Vous savez qu’en matière pénale…
Le président : Pour quelle cause est-elle juste relaxée ? Vous avez le jugement ?
L’avocat : Mais… relaxée au bénéfice du doute.

Ces évènements ont détruit sa santé, poursuit Me Rochmann. « Pendant sept mois, ils m’ont soupçonnée », se plaint Camila. Pourquoi avoir refusé une perquisition à domicile ? « Je ne voulais pas ramener les flics à la maison. Le commissaire avait l’air de connaître ma responsable. (…) Après, ils ont attrapé les vrais voleurs », parvient-elle à glisser en fin d’audience.

« J’avais peur de reprendre »

Une dernière bizarrerie contrarie le président : Camila, en arrêt depuis 2009, a refusé de répondre aux convocations de l’Assurance maladie qui a donc interrompu le versement des indemnités journalières.

« J’ai été à la médecine du travail plusieurs fois. J’avais peur de reprendre. Après, c’est mon psychiatre qui a pris le relai.
Marionnaud m’a ruinée ! » conclut-elle d’un cri douloureux.

C’est la raison des demandes financières de Madame, souligne l’avocat de l’enseigne : « Quelle est la faute de Marionnaud ? En quoi ce serait à l’employeur d’en faire les frais ? » D’autant que, prudent, l’employeur s’est abstenu de toute mesure disciplinaire. Comme le rétorque le président lorsque Camila lui rappelle qu’elle a failli se suicider : « Ce n’est pas notre faute à nous. »

Oui, Camila obtiendra la résiliation de son contrat, assortie des indemnités légales. Mais des dommages et intérêts seront-ils versés ? Réponse le 31 mars 2016.

Pierre Anquetin sur Place du tribunal

« Celui-là, ce n’est pas un salafiste »

à la Une« Celui-là, ce n’est pas un salafiste »

Comparutions immediates, chambre 23-2

Cette nuit-là, vers deux heures du matin, Fayçal titube à quelques pas du commissariat de la Goutte d’Or, dans le 18e arrondissement. Tout à fait éméché, il sourit, hoche la tête et… garde une main dans la poche. Il n’en faut pas plus aux policiers pour le contrôler puis le chasser un peu plus loin. Mais Faycal revient provoquer les agents : « Hallahou Akbar ! T’inquiète, j’ai des 762 ! Allahou Akbar ! » Il finit le week-end au poste, non sans avoir résisté, et le voilà devant le tribunal.

Le procureur : C’est quoi 762 ?
Fayçal : C’est une arme.
Le procureur : Quoi comme arme ?
Fayçal : Une kalachnikov.
Le procureur : Les policiers savent ce que c’est, eux.
Fayçal : Oui c’est sûr. Mais c’est dans la chanson.

C’est dans la chanson du rapeur Lacrim, que Fayçal écoutait au pied du commissariat. Il n’a fait que chanter les paroles à haute voix, confirme son avocat :

« Celui-là ce n’est pas un salafiste. Il boit, il fume, il… il sort. (…) Huit mois avec mandat de dépôt, pour quoi ? Pour une chanson fredonnée ? »

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Dans le box des prévenus, Fayçal pleure et jure : « J’ai jamais émis d’apologie ! »

En fin de garde à vue, les policiers ont renoncé au chef de prévention d’apologie du terrorisme et déféré Faycal pour menace et rébellion. Son casier judiciaire ploie sous les condamnations pour violences, menaces, outrages… La dernière date de mai 2015 : 8 mois fermes et 10 avec sursis après avoir menacé de mort un policier. Il suffit aujourd’hui au procureur de requérir la révocation du sursis.

Fayçal est relaxé pour les menaces mais condamné pour rébellion à 5 mois fermes, sans mandat de dépôt : il devra se présenter devant un juge d’application des peines et, surtout, éviter les provocations.

@PierreAnquetin

« Une cabale pour obtenir la tête de ces quatre » 2/2

à la Une« Une cabale pour obtenir la tête de ces quatre » 2/2

Le procès qui oppose quatre syndicalistes de la CGT Energie et trois cadres d’ERDF pour des troubles sociaux survenus en 2008 s’est clos hier sur les plaidoiries des avocats et le réquisitoire. Les peines demandées se révèlent symboliques mais une condamnation pourrait donner des armes à ERDF pour évincer certains militants trop coriaces.

Lire les témoignages dans la chronique précédente :
« La direction doit passer en conseil de discipline » 1/2

Aujourd’hui, dans cette audience en continuation de la 31e chambre, le coeur n’y est pas. Les attentats qui ont frappé Paris le week-end dernier raisonnent encore dans les esprits. Sur les visages fatigués, l’émotion reste visible. Plus personne n’a vraiment envie d’en découdre mais le tribunal est réuni et il faut bien plaider, il faut bien requérir.

La partie civile – Catherine, Sylvie, mais aussi le directeur de l’agence ERDF –  réclame un euro de dommages et intérêts pour entrave à la liberté du travail.

Le Parquet requiert en plus 1 500 euros d’amende pour le meneur du mouvement, 1 000 euros pour les autres, 500 euros pour celui qui a diffusé la vidéo de la mobilisation sur Internet.

« Ce n’est pas le maximum de ce que prévoit la loi » fait remarquer la procureure.

Et si l’enjeu résidait ailleurs, alerte Maître Gosset pour la défense ?

« La demande d’un euro symbolique est une prise de position publique mais qui, en réalité, cache une cabale, un système qui a été organisé pour obtenir une chose : idéalement la tête de ces quatre mais surtout la tête de Franck L. »

Le délit d’entrave à la liberté du travail serait avéré si les avocats de la partie civile parvenaient à démontrer que, les 14 et 15 février 2008, le préavis de grève contre le licenciement de Djamila n’était pas régulier, qu’il y a eu concertation, que des menaces ou des voies faits ont été exercées, ou des dégradations commises.

Pour Maître Delcourt, en l’absence de préavis de grève, « le mouvement est illégal. » Il rappelle les moyens déployés par les syndicalistes pour bloquer l’activité du service. Dans un petit effet d’audience, il jette le doute sur les attestations de salariés certifiant avoir eu la liberté de travailler : les signatures ne ressemblent pas à celles des papiers d’identité, accuse-t-il, en distribuant les photocopies aux juges. Enfin, il nous raconte une scène digne des grèves de 1936 :

« Tout cela était très, très, très minutieusement préparé ! On a un caddie plein de provisions pour permettre de s’installer sur place. On fait venir des gens pour préparer ces deux jours et organiser les festivités. On appelle Serge pour parler des grands anciens, pour que les autres se reposent et puissent penser à autre chose. Pendant que Mme B., elle, restait sous un feu roulant. Et puis on a des menaces, des voies de fait. On peut trouver dans chaque PV, dans chaque constat, dans chaque audition des preuves de ces menaces ».

Faisant porter l’essentiel de la culpabilité sur Franck et Véronique, Me Delcourt conclue gravement : « Relaxer, c’est dire : vous pouvez continuer ainsi ».

La réplique ne tarde pas. Me Gosset brandit la pièce 3 cote 6 :

« Un préavis de grève tout à fait régulier ! Oui, ils se sont concertés pour un mouvement de grève. Comment voulez-vous organiser une grève sans vous concerter ? »

Mais pas pour couper l’électricité, menacer ou interdire aux non grévistes d’aller travailler, promet l’avocat du syndicat.

Il doit son argument le plus solide à la jurisprudence, d’ailleurs oubliée par la partie civile, un arrêt de la Cour de cassation du 3 juin 2008 pour des faits « bien plus graves » – la fouille dans les tiroirs du directeur départemental des Affaires maritimes, des pétards qui explosent, une séquestration, un médecin interdit de passer…
Et pourtant, « le simple trouble apporté à l’activité professionnelle » ne saurait valablement conduire à la constatation du délit d’entrave, opposait la Cour.

Imitant le ton de son confrère, Me Gosset conclue :

« Si vous rendez une décision de condamnation, vous allez rendre une décision qui va faire grand bruit, qui va faire trembler… »

Le 12 janvier 2016, Serge et Franck sont tous deux reconnus coupables d’entrave concertée à la liberté du travail, avec menace pour le premier, mais aussi avec violence ou voie de fait pour le second.

Ils sont condamnés à 1 000 euros d’amende avec sursis chacun. Ils devront verser 1 euro de dommages et intérêts à chacune des parties civiles : Catherine, Sylvie, ERDF et GRDF. Tous les autres prévenus sont relaxés.

@PierreAnquetin

« La direction doit passer au conseil de discipline » 1/2

à la Une« La direction doit passer au conseil de discipline » 1/2

Quel est le degré de violence acceptable lors d’un conflit social ? C’est la question que se posent les spectateurs des vidéos projetées ce soir au fond de la 31e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris.

A l’écran, on distingue les bureaux en open space d’un centre d’appels téléphoniques EDF-GRDF envahi par la foule.

Dos au mur, deux femmes tétanisées et blêmes, Sylvie et Catherine, responsables du service en proie à l’agitation. Vociférant face à elles, Franck, représentant syndical de la CGT énergie Paris. D’autres syndicalistes l’entourent mais le meneur, c’est lui, et les cris, ce sont les siens.

Il est aujourd’hui reproché à Franck, Véronique, Francis et Serge, tous militants CGT, d’avoir entravé pendant deux jours la liberté de travail de leurs collègues. Dimitri est poursuivi pour avoir filmé le personnel d’encadrement en difficulté et publié la vidéo sur le site de la CGT.

« Djamila ne sera pas licenciée »

Début 2008, après plusieurs mois d’intérim et un an de stage, Djamila apprend qu’elle ne sera pas titularisée. Selon le syndicat, ce licenciement cache une mesure de rétorsion. Au cours de son stage, Djamila a été témoin d’un accident du travail. La direction aurait demandé à l’employé de rester chez lui sans déclarer l’incident. Indignée, Djamila aurait critiqué cette dissimulation devant ses collègues, s’attirant ainsi les foudres de la direction. Les rapports de stage négatifs s’accumulent à son encontre, la commission de titularisation finit par refuser l’embauche.

Le service des ressources humaines avance d’autres motifs : Djamila se montrerait agressive, ne respecterait pas les horaires de travail, critiquerait EDF auprès des clients au téléphone, aurait accumulé 56 jours de congés maladie pendant son année de stage.

Le 14 février au matin, jour du départ de Djamila, les militants CGT envahissent les bureaux où elle travaillait. Des tracts avaient déjà annoncé la couleur : « Djamila ne sera pas licenciée ».

Face à la mobilisation, Sylvie et Catherine restent seules en première ligne. Le directeur refuse d’intervenir sur le plateau, il se méfie des syndicalistes :

« La technique de conflit, c’est de faire monter le directeur sur une table, ce qu’ils ne font pas avec le personnel sur place. Donc on leur demande de venir au siège ».

« L’ambiance risquait de déraper »

Comme souvent en cas d’occupation, la direction dépêche rapidement un huissier. A l’audience, la partie civile comme la défense se réfèrent à son constat. Il est pourtant à charge, l’huissier ayant consciencieusement noté nombre d’insultes essuyées par Sylvie et Catherine :

« Vous avez falsifié des documents avec des méthodes de nazis. »
« C’est une taupe, c’est une mule, c’est elle la fasciste. »
« Vous êtes à vomir. »
« La direction doit passer au conseil de discipline. »
« La journée et la nuit vont être longues. »
« Vous êtes des virus dont on n’a pas trouvé l’antidote… »

L’avocat des syndicalistes, Me Gosset, pose la même question à Sylvie et Catherine : « Avez-vous reçu des instructions de la direction sur la manière dont vous deviez gérer seule ce conflit ? » Aucune instruction et pas de connaissance non plus des pièces du dossier Djamila.

Cette discrétion de la direction constituera sans doute un axe de défense, déjà annoncé par le témoignage de Serge : « L’ambiance risquait de déraper car la direction ne répondait pas. » Il relativise :

La présidente : Mais pourquoi avoir obligé Catherine à signer une fausse lettre de démission ?
Serge : C’était de l’ironie socratique, pour calmer la foule par la sémantique. Mais l’ironie socratique, apparemment ça ne paie pas ! Nous voulions montrer ce que c’est d’être licencié. Avec une distanciation brechtienne.
La présidente : Elle n’a pas apprécié la distanciation brechtienne.
Serge : Je comprends. Licencier quelqu’un c’est difficile à assumer. Le mouvement ne l’a pas aidée.

Sur les bancs du public, l’argument socratique fait bien rire la quinzaine de militants venus soutenir leurs camarades. Devant les tribunaux, les délégués CGT ne se déplacent jamais seuls.

« A treize heure, le courant est coupé »

Au-delà des mots, ce sont les pressions exercées par les syndicalistes pour bloquer l’activité de l’open space qui sont visées par la plainte d’EDF.

« A treize heures, le courant est coupé », relève l’huissier, à cause d’une inondation provoquée par un balais dans les toilettes. Le lendemain, la serrure engluée du local technique interdit son accès. Les boules des souris d’ordinateur ont aussi été retirées.

Parfaitement préparé, Franck se défend. Epaules en avant, les deux mains en appui sur la barre, le regard fixé sur la présidente, il déroule son texte d’une voix calme et puissante. C’est un tribun :

« Le but n’était pas d’empêcher le travail mais de redonner du travail à une collègue licenciée. »
Les dégradations ? « Quel est notre intérêt, à nous, de faire ça ? Aucun. Ce n’est pas une action diligentée par le syndicat, et mes camarades et moi n’en sommes pas les auteurs ».

Après les témoignages des quatre syndicalistes, des deux cadres, du directeur, du responsable de la maintenance, la présidente décide de renvoyer plaidoiries et réquisitoire à une autre date. « Avec un délibéré à minuit, la décision ne pourrait pas être correcte ». Rendez-vous est donné pour le 16 novembre 2015.

Depuis cette audience, un comité central d’entreprise d’Air France a défrayé la chronique : les images de membres de la direction, chemises déchirées, évacués sous les huées des salariés en colère ont été reprises par les JT du monde entier. Interpelés par la police à l’aube, ces salariés, dont plusieurs militants CGT, ont été placés en garde à vue prolongée.

Ces évènements spectaculaires alimenteront-il sur les réquisitions du procureur ou les plaidoiries de Maîtres Tordjman et Delcourt, les avocats des cadres et d’EDF, ou de Maître Gosset pour la CGT ?

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« Le saladier américain, c’est comme une tontine »

à la Une« Le saladier américain, c’est comme une tontine »

Comparutions immédiates

Dans cette petite affaire de trafic de cannabis, la présidente examine les faits minutieusement avant de juger Moussa et Diabi, deux jeunes compères à la mine contrite, installés côte à côte dans le box. Elle compte sur la solennité du tribunal et le rythme lent de cette audience pour les impressionner.

Chevauchant un scooter, Diabi fuit la police avant d’être rattrapé puis testé au cannabis. Résultat : 3,2 ng de THC dans le sang. Convoqué devant la justice une première fois, il ne se présentera. Mais le voilà de nouveau arrêté quelques jours plus tard. Il fait le gué dans la Cité rouge, rue de l’Ourcq à Paris, tandis que Moussa vend des sachets d’herbe et de la résine. Les policiers les embarquent ensemble. Diabi détient sur lui 3,8 g d’herbe, 137 g de cannabis, 315 euros, et Moussa 80 euros. On retrouve à proximité un peu d’herbe, un peu de résine.

La présidente se montre particulièrement attentive à la dépendance de Diabi au cannabis : « Vous êtes passé de 7 joints par jour à 2 ». Est-ce pour financer sa consommation qu’il devient intermédiaire ? Ce soir-là, il se charge d’acheter et de livrer du cannabis pour les participants à une soirée. Il a récolté 315 euros pour « faire un saladier américain ». A l’audience, l’un des juges entreprend la traduction :

– Le saladier américain, c’est comme une tontine, on se met à plusieurs pour faire un achat. Et vous nous dites que vous ne vendez pas.
– Non, je ne vends pas.
– Il y a des acheteurs mais pas de vendeur !
– (silence)

Quant à Moussa, il ne peut nier les ventes. La brigade des stupéfiants intervient alors qu’il reçoit quelques billets des mains de Mme Tourtel, une cliente. Et il a été dénoncé par M. Brown, un autre acheteur, arrêté quelques minutes plus tôt avec deux sachets d’herbe en poche. M. Brown décrit « un vendeur avec du métal sur les dents. Il était très grand ».

– Avez-vous un dispositif dentaire particulier ?
– J’ai des dents en argent.
– Le descriptif vous correspond.
– Au niveau dentaire oui.
– Vous mesurez combien ?
– 1m85.

L’avocat s’appuie sur les maladresses des prévenus : faire du trafic dans la Cité rouge, connue pour être assidument surveillée par la police, constitue bien la preuve de leur inexpérience. Ce ne sont pas des businessmen des stupéfiants. D’ailleurs, ils ne prennent pas de marge !

Contrairement à Moussa, Diabi compte sept condamnations à son actif (vol, recel, violence…) et risque une peine plus lourde, surtout si le délit de trafic est constitué. Son avocat le présente avant tout comme un consommateur. « Il n’a jamais fait de détention. On sait bien que ce n’est pas la prison qui va le guérir. Et il n’est pas totalement détaché du tissu social ».

Petites saisies, petites peines mais longues mises à l’épreuve : 8 mois de sursis et 5 ans de mise à l’épreuve pour Moussa. Pour Diabi, 8 mois de sursis, 3 mois fermes sans mandat de dépôt qui feront l’objet d’un aménagement de peine, et 2 ans de mise à l’épreuve. « Mais attention si vous vous ne présentez pas ! », avertit la présidente.

« Merci, merci… », sourient en coeur Moussa et Diabi.

Pierre Anquetin

« Je vais te trouver par Facebook… »

à la Une« Je vais te trouver par Facebook… »

Saban entre dans le box des prévenus comme un taureau dans une arène, marmonnant, nerveux, dominant le public d’un regard. Il adresse un faux bâillement à l’attention des juges pour bien leur montrer son indifférence. C’est un condensé de muscles aux allures de boxeur mais aux traits fins, fiers. Il a dans les 25 ans et sa violence est éruptive.

Ivre, il a défoncé la porte d’un appartement, menacé son occupant – « je vais te tuer » – puis, au policier qui le maîtrisait : « je vais te trouver par Facebook, ce n’est pas une menace, c’est une promesse ! »

A l’énoncé des chefs d’accusation, la présidente évite les réprimandes, les indignations. Interrogé, Saban refuse de répondre : « mon avocate est là. Vous lui parlez. » Quelle étincelle provoque soudain l’explosion de colère ? Il crie à l’adresse de ses parents une menace destinée au plaignant. D’un violent coup sur le bois du mur, il fait sursauter toute l’assistance :

« – Va voir sa mère, tu lui dis : viens !  Va voir sa mère, tu lui dis : viens !
La présidente intervient : – Vous vous taisez.
– Vous, je ne vous adresse pas la parole.
– Et moi je ne vous la donne pas. Greffier, veuillez noter tout cela. »

Les parents bondissent et tendent au gendarme un sac de médicaments. « Il fait des crises », explique la mère. « Je sais », répond doucement la présidente, tandis que les gardes cherchent le bon remède à administrer.

Le casier judiciaire de Saban est émaillé de condamnations pour violences. Il n’a jamais travaillé. Il souffre des séquelles d’un AVC suivi d’une trépanation. Des crises épileptiques le foudroient régulièrement. Il se rend en consultation tous les 6 mois à l’hôpital Bichat mais l’administration judiciaire peine à contrôler son suivi.

L’avocate demande un renvoi du jugement. Le procureur exige une expertise psychiatrique et un maintien en détention pour protéger la victime. La nouvelle audience étant fixée dans un mois, Saban reste en détention provisoire, là où personne ne saura que faire de lui. Les maisons d’arrêt sont pleines de malades psychiatriques que l’hôpital ne sait plus maîtriser. Une fois Saban disparu dans l’arrière-salle, on entend encore le fracas d’une chaise qui vole à travers une pièce.

Pierre Anquetin

« Aviez-vous conscience que cette voiture était en train d’être volée ? »

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Voilà trois jeunes voleurs assez maladroits pour se faire cueillir par la police en pleine nuit, dans un parking du 16e arrondissement de Paris, au volant d’une Range Rover noire à la vitre brisée…

Deux d’entre eux ne reconnaissent pas le vol et soutiennent une autre version : un inconnu rencontré dans un club leur a demandé de récupérer sa voiture, moyennant 100 euros chacun. Ils ont trouvé la vitre déjà cassée.

– Quand on est rentrés dans la voiture, c’était trop tard.
– Il n’est jamais trop tard avant de commettre un délit, Monsieur », coupe la juge.

Derrière les prévenus, leur trois avocats, guère plus âgés, costumes ajustés sous la robe, se tiennent debout. Il affichent des mines sérieuses mais dissimulent mal leur accablement devant la cascade de mensonges. L’un d’eux se glisse auprès de son client pour l’interroger :

« – Etiez-vous conscient que le véhicule était en train d’être volé ?
– Mmm
– C’est oui ou c’est non ?
– Oui.
A son tour, la présidente insiste, dans l’espoir d’un aveu plus complet :
– Alors : par qui ?
– Je ne sais pas.
– Mais vous étiez dedans Monsieur ! »

Sourcil levé, l’avocat regagne son banc. Il laisse à la barre un délinquant bien confus et presque repenti.

Pierre Anquetin

« Il a mordu sa fille au front »

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Comparutions immédiates, Paris

Assis dans le public, Yacine se lève pour rejoindre la barre et entendre son jugement. Derrière lui, trois gendarmes approchent discrètement. La condamnation tombe, 15 mois fermes pour violences sur mineurs de moins de 15 ans. Désorienté, il se retourne vers la salle mais le voilà déjà encerclé par les gardes. On l’emmène au dépôt.

Une heure plus tôt, quand le tribunal lisait les dépositions de sa famille à la police, Yacine n’était pas présent pour répondre. Même son avocat restait introuvable. Le prévenu a quand même été jugé « contradictoirement », assure la présidente.

« On a peur tout le temps »

La mère était également absente aujourd’hui. Battue depuis des années, elle n’a pas jamais porté plainte. Et quand elle se cache pour échapper aux coups, les enfants se retrouvent en première ligne. Ils sont trois : Marah 12 ans, Yana 8 ans et Mohammed, 6 ans. C’est d’abord pour eux trois que le tribunal est réuni. A l’administratrice judiciaire et à l’avocate qui les représentent, ils ont dit vouloir retrouver leur père : « qu’il reste avec nous mais qu’il soit plus gentil avec nous ». Avant d’avouer : « on a peur tout le temps ».

Les faits remontent au 4 juillet 2015, entre les murs d’un petit deux-pièces infesté de punaises dans le 17e arrondissement. Rentrant du travail, le père remarque l’absence de la fille aînée, descendue au square. Le fils refuse d’aller la chercher. Ce parfum de liberté et de rébellion rend immédiatement Yacine fou de rage. « Je savais que j’allais être frappée » expliquera la mère qui court s’enfermer dans les toilettes. L’homme éventre la porte sans pouvoir l’ouvrir, passe le bras pour pincer sa femme et l’obliger à sortir. Venu s’interposer, le garçonnet est projeté à travers la pièce, sa tête cogne le montant du lit. L’autre fille est frappée au ventre. « Je vous jure que je vais tous vous faire mourir de faim » menace le père. Alertés, les policiers interviennent à temps.

Une violence dévorante

Au commissariat, la mère raconte son histoire : elle a 14 ans et lui 17 quand ils se marient en Syrie. Sa belle-mère la maltraite immédiatement, des coups de poings dans le ventre. Le mari la frappe avec le pommeau de douche. Mais ça ne suffit pas, il la mord aussi, puis il mord sa fille aînée au front.

Si Yacine était venu répondre de ses actes un peu plus tôt à l’audience, s’il avait été défendu, peut-être le tribunal aurait-il pu tirer dans cette histoire familiale un fil inquiétant : celui qui relie les coups au ventre porté par la mère de Yacine à sa femme, les mêmes coups et les morsures de ce fils à sa propre fille, la menace et, sans doute, la terreur de la faim… Quelle répétition, quelle dérive étaient déjà à l’oeuvre dans cet appartement vétuste ?

Mais aujourd’hui la justice s’en tient aux faits et ils sont clairs. Toutes les déclarations sont corroborées par les examens médicaux : dent cassée, traces de morsures, hématomes, ecchymoses, oeudèmes… sur toute la famille. L’état psychologique de la mère préoccupe l’expert : hypervigilance, ruminations, tristesse d’humeur. Par leur délibéré, les juges ne se contentent pas d’envoyer Yacine en prison, ils signifient également ceci aux enfants : vous étiez victimes.

Pierre Anquetin

« Une escroc, c’est comme ça ! »

« Une escroc, c’est comme ça ! »
Jeune, Rosa se contentait de voler des chèques puis elle s’est découvert des talents de bonimenteuse et devint escroc. À 48 ans dans le box de la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris, elle toise les juges. Ses cheveux sont tirés en chignon, les lèvres serrées en un trait sévère. Elle garde les bras croisés sur la poitrine, tout en refus. Lire la suite « « Une escroc, c’est comme ça ! » »