Jeune, Rosa se contentait de voler des chèques puis elle s’est découvert des talents de bonimenteuse et devint escroc. À 48 ans dans le box de la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris, elle toise les juges. Ses cheveux sont tirés en chignon, les lèvres serrées en un trait horizontal. Elle garde les bras croisés sur la poitrine, tout en refus.

La prévenue. (Illustration : Nicolas Dupeyron)

En juillet 2008, Rosa aborde une femme parée de bijoux. Elle s’appelle Michèle, elle est une mère de famille, et elle met de l’argent de côté pour acheter une licence de taxi.

Rosa se présente comme négociante en art. Elle gagne la confiance de Michèle et lui fait miroiter deux affaires en or : l’achat d’actions dans le cacao et le coton aux rendements alléchants, puis un mois plus tard l’acquisition d’un pavillon bradé par un voisin.

Michèle hésite : et sa licence de taxi ?
Rosa répond en banquière : emprunter pour payer la licence tout en plaçant le bas de laine constitue le meilleur calcul !

Michèle signe quatre chèques. Les quatre sont encaissés, mais aussi un cinquième, qu’elle n’a jamais signé. Un chèque qui lui a été volé.

Et maintenant Michèle découvre que le pavillon n’est même pas à vendre… Rosa n’était qu’une bonimenteuse.

Une fois remise de ses émotions, Michèle réclame son argent à Rosa.

Après plusieurs mois, elle obtient un début de remboursement, presque rien. Il reste encore 16 200 € à récupérer… Michèle se décide alors à porter plainte. Trop tard : Rosa se cache, elle fait profile bas, elle reste introuvable.

Quand cinq ans plus tard la justice la rattrape, Rosa ne se souvient plus de l’arnaque au pavillon. Elle dit aussi avoir perdu la santé après plusieurs AVC.

Aujourd’hui elle est dans le prétoire. Elle a l’air solide comme un roc.

– Avez-vous retrouvé la mémoire ?
– Non. J’ai les certificats médicaux pour vous, c’est tout ce que je peux vous donner.
– Vous lui avez proposé des actions, demandé de l’argent ?
– C’est marqué dans la déposition.
– Pour le pavillon, vous avez toujours soutenu que vous n’aviez pas proposé l’achat.
– J’ai jamais vendu de maison de ma vie ! On m’aurait dit une caravane, oui. Mais une maison…
– Avec l’argent, votre objectif était d’acheter des meubles. Vous vouliez ouvrir une brocante ?
– J’en ai déjà une.
– Alors je ne vois pas pourquoi vous demandiez des chèques.
– Je suis une escroc. Une escroc, c’est comme ça !»

Rosa l’escroc amuse l’auditoire, mais la plaidoirie de la partie civile assombrit la farce. Il y a une absente, Michèle, la victime. Elle est décédée entre temps.

« C’était une personne formidablement bonne qui s’est fait abuser. Cette somme-là, elle la destinait à une licence de taxi. Elle est décédée dans un véhicule qui n’était pas le sien. »

A Rosa : « Ce que voulait ma cliente c’était vous voir, pas forcément dans un box. Vous n’avez même pas eu le courage de venir la trouver ».

« Je suis désolée de ce qui s’est passé » concède Rosa qui refuse de se faire assister ou de se défendre mieux.

Le procureur demandait un an ferme « sans mandat de dépôt pour permettre d’aménager la peine ».

En plus de la révocation d’un sursis pour d’autres affaires, Rosa écope de huit mois ferme, avec obligation de rembourser aux cinq enfants de Michèle la somme extorquée.

 

Illustration : © Nicolas Dupeyron

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