“A la fois auteurs et victimes”

Ils sont jeunes. Ils sont beaux. Ils passaient des weekends en Suisse. Leur histoire d’amour finit au tribunal. La nuit du 31 décembre 2007 chacun des deux a porté et reçu les coups qui les amènent devant le juge.

A gauche il y a Oksana, ukrainienne, étudiante en management, grande et blonde. Elle est entièrement tournée vers lui. Son avocate la retient. A droite Ivan, arménien, consultant, brun et élégant. Raide, il ne se détourne pas. Contre ce déséquilibre vient battre leur ancienne passion. A chaque instant le président s’efforce de la dompter. Pour cela il s’accroche à sa méthode :

« Je ne suis pas curé mais je voudrais vous dire qu’on n’est pas propriétaire des gens. On a le droit de se quitter. Ce que les gens ressentent, veulent, imaginent… même un psychanalyste n’en fera pas la preuve. La tension est là, on la ressent mais ce qui m’intéresse ce sont les faits. Que s’est-il passé ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi? »

Il résume leur relation : la rencontre, les belles années, les conflits, la découverte d’une autre femme, la jalousie, les moments encore partagés, les déchirements. Le récit se fait de plus en plus détaillé à l’approche de la Saint-Sylvestre. Les SMS cachés, les emails fouillés, les billets d’avion découverts. Dernières relations sexuelles mais aussi derniers coups. Plus violents que les autres, ils laisseront des marques. Le 1er janvier chacun rentre chez soi à Paris. Elle fait constater ses blessures 10 jours après les faits. Elle porte plainte le 16, lui le 17.

Kafka et Marilyn

L’avocate : Je suis embêtée de plaider la première car je ne sais pas si mon confrère va attaquer. J’ai entendu ses propos d’apaisement. Cette procédure est faite de pâte humaine. Soit je part à charge : on a un certificat, un témoignage, l’entourage. En face, une plainte en miroir et pas de témoignage. Je ne vois pas comment peser plus pour l’un que pour l’autre. Soit on a la relaxe… Mais j’ai assuré la défense sans connaître la réquisition du procureur…
Le président : Oui c’est un peu kafkaïen. Les deux sont à la fois auteurs et victimes.
Le procureur : Elle veut être reconnue en tant que victime mais non pas en tant que prévenue. Or les violences sont réciproques. Certains couples tentent de gérer les crises pour qu’elles soient constructives. 6 ans c’est une étape importante : comme Marylin, 7 ans… Le tribunal peut relaxer, condamner… Je ne sais pas ce qui est le mieux. Il n’y a pas de raison de privilégier l’un par rapport à l’autre. Je suis favorable à une reconnaissance de culpabilité des deux et, dans un soucis d’apaisement, à une dispense de peine.
L’avocat : Je rejoins totalement la position du ministère public à l’audience. On va aboutir à une dispense de peine. Mais je suis la seule partie civile : elle a reconnu les coups. Quels sont les éléments objectifs. Il faut lire les emails et les SMS (…) Monsieur le président, vous avez un rôle pacificateur. Mais on ne peut pas tout passer sous silence. Mon client ne veut plus être harcelé.

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