De quoi la presse est capable

Le chroniqueur judiciaire peut facilement être pris en faute. Il relate ce qu’il a vu et entendu. Tout autre témoin présent à la même audience aurait pourtant perçu la scène différemment.
Le terme d’audience place la parole et l’écoute au centre du procès. Autour de cet échange il est facile de se laisser aller à broder. C’est là le piège.

Au temps pas si lointain où la guillotine tranchait encore des têtes, un journaliste de renom, Géo London, est allé jusqu’à tordre la réalité pour qu’elle rejoignît ce qu’il avait imprudemment écrit. Jean-Paul Lacroix raconte (Le Palais indiscret, Julliard, 1965, p. 126) :

Le Journal

C’était dans une ville de province où l’on jugeait une mégère qui avait tué son petit garçon. Géo, en téléphonant son papier au Journal, avait, selon l’usage, légèrement anticipé sur les faits – et, alors que l’audience n’était pas terminée, avait raconté le départ de l’accusée pour la prison : « Quand elle grimpa dans le fourgon cellulaire, avait-il dicté, la foule massée sur la place cria  » A mort ! »

Pas de chance ! Quand l’accusée traversa la place, une heure plus tard, aucun cri ne se fit entendre. Géo allait-il être pris en flagrant délit de fausse information ?…

C’était mal le connaître. « A mort ! A mort ! » cria-t-il de sa petite voix grèle. Ainsi deux cris au moins auraient été poussés.

Alors la mégère que les gardes emmenaient vers le fourgon, s’arrêta, toisa le journaliste et, avec un mépris écrasant, laissa tomber : « Ta gueule eh ! c… »

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